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Mines stratégiques : la RDC courtise les investissements américains pour rééquilibrer le secteur

La République Démocratique du Congo amorce un tournant stratégique dans la gestion de ses ressources minières. Kinshasa s’apprête à transmettre aux États-Unis une liste de projets miniers jugés prioritaires, ouverts aux investissements américains, dans un contexte mondial marqué par la recomposition des chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques et la volonté de Washington de réduire sa dépendance vis-à-vis de la Chine.

Le ministre congolais des Mines, Louis Watum, a confirmé que ce document serait remis aux autorités américaines dans les prochains jours et constituerait la base de discussions commerciales formelles entre les deux pays. Selon lui, cette démarche s’inscrit dans une logique économique classique, sans traitement de faveur ni conditions dérogatoires au cadre légal en vigueur.

L’annonce a été faite mercredi à Riyad, en marge du Forum sur les minéraux du futur. Elle intervient quelques semaines après la présentation d’un accord bilatéral entre Kinshasa et Washington destiné à renforcer la coopération dans l’extraction et la transformation des ressources stratégiques, sans qu’aucun projet précis n’ait alors été désigné.

Cette nouvelle phase de coopération fait suite à un accord signé le 4 décembre dernier, visant à faciliter l’implication américaine dans l’exploitation des importantes réserves congolaises de cuivre, de cobalt, de lithium et de tantale. Ces minerais sont devenus indispensables aux industries des véhicules électriques, des technologies d’énergies renouvelables, de la défense et de l’électronique avancée.

La RDC occupe une position centrale sur ce marché : elle est le deuxième producteur mondial de cuivre et le premier fournisseur de cobalt, un métal clé pour la fabrication des batteries. Pourtant, depuis plus de dix ans, la production de ces ressources est largement dominée par des entreprises chinoises, notamment dans les projets où cuivre et cobalt sont extraits conjointement.

Des groupes comme CMOC ont renforcé leur implantation, tandis que de nombreuses entreprises américaines et occidentales sont restées en retrait, évoquant des risques sécuritaires, des faiblesses de gouvernance et des défis logistiques persistants.

Louis Watum insiste toutefois sur le caractère strictement commercial de l’ouverture aux investissements américains. Les projets proposés devront être négociés de manière transparente, selon les règles du marché et conformément à la législation minière congolaise ainsi qu’au cadre national d’investissement.

Pour les autorités congolaises, l’objectif est clair : diversifier les partenariats afin de réduire une dépendance jugée excessive. En 2007, la RDC avait accordé aux sociétés minières chinoises d’importantes exonérations fiscales allant jusqu’en 2040, en échange de vastes investissements dans les infrastructures. Une partie significative de ces engagements n’a toutefois jamais été concrétisée.

Durant cette période, les pays occidentaux ont affiché un engagement limité face à l’expansion chinoise dans le secteur minier congolais. Début 2025, les entreprises chinoises contrôlaient encore la majorité de la production nationale, y compris des actifs majeurs comme la mine de Tenke Fungurume, l’un des plus importants gisements de cobalt au monde.

L’accord sur les minéraux s’inscrit également dans une dynamique régionale plus large, soutenue par les États-Unis, visant à stabiliser l’est de la RDC et à améliorer l’environnement sécuritaire. Dans le cadre des initiatives souvent désignées sous le nom d’« Accords de Washington », les autorités américaines appuient les efforts de paix tout en encourageant des investissements étrangers jugés responsables dans le secteur des ressources naturelles.

Le ministre des Mines décrit ce partenariat comme un cadre souple, pensé pour générer des bénéfices mutuels. Il reconnaît que des défis sécuritaires subsistent dans certaines zones du pays, tout en mettant en avant l’engagement du gouvernement congolais en faveur des réformes, de la transparence et de la protection des investisseurs.

De leur côté, les États-Unis ont classé des dizaines de minéraux comme critiques pour leur sécurité nationale et leur compétitivité économique. Une grande partie de ces ressources est aujourd’hui fournie par la Chine, ce qui pousse Washington à diversifier ses sources d’approvisionnement, notamment via des partenariats avec des pays riches en ressources comme la RDC.

Jonas TSHIPADI

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