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Burkina Faso : des civils massacrés, l’armée mise en cause

Au Burkina Faso, plusieurs dizaines de civils auraient été exécutés par l'armée et des milices locales à Solenzo, dans un contexte de représailles après une attaque jihadiste. La communauté peule, souvent accusée de complicité avec les groupes armés, aurait été ciblée. Des vidéos montrent des corps ensanglantés, suscitant l’indignation. Ce massacre présumé s'inscrit dans une spirale de violences qui a déjà fait plus de 26 000 morts depuis 2015, selon l'ONG Acled.

Un drame d’une ampleur inédite secoue Solenzo, à l’ouest du Burkina Faso. Plusieurs dizaines de civils auraient été exécutés par des forces militaires et des milices locales, selon des témoignages concordants. Les faits se seraient déroulés entre le 10 et le 11 mars, dans un contexte de tensions exacerbées entre les autorités et la communauté peule, souvent suspectée de collusion avec les groupes jihadistes actifs dans la région.

Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent des scènes d’horreur : des corps ensanglantés, ligotés, abandonnés à même le sol, tandis que des hommes armés profèrent des insultes. Ces images, bien que difficiles à authentifier, renforcent les accusations contre les forces de sécurité burkinabè, déjà pointées du doigt par les organisations de défense des droits humains.

Une vague de représailles sur fond de tensions ethniques

Selon des sources locales, le massacre aurait été déclenché en réaction à une attaque jihadiste récente. Des familles de bergers peuls, soupçonnées d’avoir offert un refuge aux combattants islamistes, auraient été capturées alors qu’elles tentaient de fuir.

« Ils n’ont eu aucune chance. Ils ont été arrêtés, torturés, puis exécutés sans procès », rapporte un témoin sous couvert d’anonymat.

Pourtant, la mairie de Solenzo s’est abstenue de toute mention des violences dans son communiqué officiel. Seul un fait y est rapporté : la saisie de troupeaux d’animaux par l’armée. Cette omission renforce la suspicion d’un étouffement des événements par les autorités locales, alors que la population vit dans la peur d’un nouveau cycle de représailles.

Une guerre sans fin qui ensanglante le Burkina Faso

Depuis 2015, le pays est le théâtre d’un conflit meurtrier opposant groupes jihadistes et forces gouvernementales. Le nombre de victimes ne cesse d’augmenter : selon l’ONG Acled, plus de 26 000 personnes ont perdu la vie dans ces violences, dont près de la moitié depuis le coup d’État de septembre 2022 mené par le capitaine Ibrahim Traoré.

Entre janvier et juillet 2024, Human Rights Watch a accusé l’armée burkinabè et les Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP) d’avoir exécuté au moins un millier de civils dans des opérations de répression aveugle.

Le drame de Solenzo, s’il se confirme, viendrait ainsi s’ajouter à une longue liste de crimes impunis. Il illustre une fois encore l’enlisement du Burkina Faso dans une guerre où la frontière entre lutte antiterroriste et exactions contre les civils semble de plus en plus floue.

Henry Fiti

Journaliste et développeur congolais, fondateur de Congonet 24. Passionné par l’information et la technologie, je m’engage à offrir une actualité fiable et accessible.

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