![Le 1er décembre 2024, le stade de Nzérékoré, au sud de la Guinée, a été le théâtre d'une bousculade meurtrière. [image d'illustration]](https://congonet24.com/wp-content/uploads/2025/03/1741716482937-780x470.jpg)
En Guinée, le traumatisme causé par la tragédie de Nzérékoré continue de hanter les familles endeuillées. Déterminées à obtenir justice, elles ont officiellement déposé plainte contre les autorités de transition, dénonçant une gestion catastrophique des événements qui ont conduit à la mort de dizaines de personnes.
Un bilan contesté et des accusations graves
Le 1ᵉʳ décembre 2024, le stade de Nzérékoré, bondé à l’extrême, s’est transformé en un véritable piège mortel lors d’un match de football organisé en l’honneur du général Mamadi Doumbouya. La foule immense, entassée dans des conditions précaires, a été prise dans une bousculade fatale. Le gouvernement guinéen annonce un bilan officiel de 56 morts, mais les ONG locales avancent un chiffre bien plus alarmant, évoquant au moins 140 victimes. Selon un rapport d’enquête indépendant, les autorités auraient tenté d’occulter la réalité des faits, minimisant le drame et dissimulant des éléments clés de l’enquête.
![Le 1er décembre 2024, le stade de Nzérékoré, au sud de la Guinée, a été le théâtre d'une bousculade meurtrière. [image d'illustration]](https://congonet24.com/wp-content/uploads/2025/03/1741716462528-1024x576.jpg)
Face à ce qu’elles considèrent comme une tentative de manipulation, 98 familles ont saisi la justice. Le lundi 10 mars, une plainte a été déposée auprès du tribunal de première instance de Nzérékoré, accusant plusieurs responsables de « meurtre, homicide involontaire, mise en danger de la vie d’autrui, omission de porter secours et recel de cadavres ».
Parmi les figures visées figurent les organisateurs du match, mais aussi les autorités locales, des officiers de police et de l’armée, ainsi que deux ministres présents sur les lieux du drame : Félix Lamah, ministre de la Santé, et Kéamou Bogola Haba, ministre des Sports.
Une enquête au point mort
Pour les avocats des familles, le silence des autorités est un signal inquiétant.
« Jusqu’à présent, aucune investigation sérieuse n’a été menée. Aucune famille de victime n’a été entendue, aucun survivant interrogé. Face à cette inertie, nous avons décidé d’agir pour que la lumière soit faite sur cette tragédie », explique Maître Paul Lazard Gbilimou, qui représente plusieurs plaignants.
Selon lui, l’une des scènes les plus choquantes de cette catastrophe reste le passage de véhicules officiels sur les spectateurs pris au piège.
« Le portail du stade s’est effondré sous la pression de la foule, et des dizaines de personnes ont été écrasées sous les roues des voitures des officiels. La plupart des corps transportés à l’hôpital provenaient de cette zone », affirme-t-il.
Des disparitions inquiétantes
L’affaire prend une tournure encore plus sombre avec des accusations de recel de cadavres. Plusieurs témoignages rapportent que des corps ont été discrètement transférés vers un camp militaire, sans explication officielle.
« Des familles sont toujours sans nouvelles de leurs proches. Certains corps ont été acheminés vers la caserne de la quatrième région militaire et depuis, plus aucune trace. Des parents cherchent désespérément à récupérer les dépouilles de leurs enfants, de leurs époux ou de leurs épouses pour leur offrir des funérailles dignes », dénonce Maître Gbilimou.
Cette opacité alimente la colère et la frustration des familles, qui redoutent une tentative des autorités de dissimuler l’ampleur réelle du drame. La plainte déposée pourrait marquer un tournant décisif dans cette affaire, mettant la pression sur un gouvernement déjà critiqué pour sa gestion des événements.
Une bataille judiciaire à venir
L’ouverture d’une enquête judiciaire impartiale sera-t-elle possible dans un contexte politique aussi tendu ? Les familles, soutenues par des associations locales et internationales, espèrent que la justice guinéenne fera preuve d’indépendance et de transparence.
En attendant, Nzérékoré reste sous le choc, endeuillée par une tragédie qui aurait pu être évitée. Dans un pays où l’impunité reste un défi majeur, cette affaire pourrait bien devenir un symbole de la lutte pour la vérité et la responsabilité des dirigeants.