Des archives géologiques héritées de l’époque coloniale, conservées en Belgique, refont surface et attisent les convoitises. À l’ère de la transition numérique et énergétique, ces données longtemps oubliées pourraient valoir des milliards et redessiner les équilibres autour des ressources minières de la République Démocratique du Congo (RDC).
Révélé par le quotidien français Le Monde, un différend inédit oppose une société minière américaine à une institution publique belge. Au centre de cette controverse : des documents scientifiques conservés dans les réserves de l’AfricaMuseum, un musée emblématique de l’histoire coloniale belge.
Sur près d’un demi-kilomètre d’archives, cartes géologiques, relevés miniers et échantillons collectés à l’époque coloniale dorment depuis des décennies. Mais depuis le début de l’année 2026, ces « vieilles cartes » suscitent un regain d’intérêt stratégique, à mesure que les minerais critiques deviennent indispensables aux technologies numériques et à la transition énergétique mondiale.
Ce nouvel engouement a déclenché un bras de fer entre les autorités belges et la société américaine KoBold Metals, récemment implantée en RDC. Soutenue indirectement par des figures majeures de la tech comme Bill Gates et Jeff Bezos, l’entreprise souhaite accéder à ces archives afin d’optimiser ses recherches minières grâce à l’intelligence artificielle.
Face à cette demande, le gouvernement belge a opposé une fin de non-recevoir. La ministre en charge du numérique et de la politique scientifique, citée par Le Monde, estime qu’il n’est pas envisageable d’accorder un accès « privilégié et exclusif » à une entreprise privée étrangère sans cadre contractuel clair. Une position contestée par KoBold Metals, dont le directeur en RDC rejette toute volonté de traitement de faveur.
Au-delà de ce différend, l’affaire ravive une problématique profondément ancrée dans l’histoire coloniale. Durant l’époque de l’État indépendant du Congo puis du Congo belge, les ressources naturelles du territoire ont été massivement exploitées au profit de la métropole. Caoutchouc, cuivre, cobalt ou uranium ont alimenté l’industrialisation européenne, souvent au détriment des populations locales.
Les données aujourd’hui convoitées sont directement issues de cette période. Collectées par des administrateurs et géologues coloniaux, elles constituent un capital scientifique accumulé sans réelle contrepartie pour les Congolais. Leur conservation en Europe relance ainsi le débat sur la souveraineté des données et la restitution du patrimoine, qu’il soit culturel ou stratégique.
À l’heure où la RDC s’impose comme un acteur incontournable dans la production de minerais critiques, essentiels aux batteries et aux technologies numériques, l’accès à ces informations sensibles prend une dimension géopolitique majeure.
Entre mémoire coloniale, intérêts économiques et rivalités internationales, cette affaire illustre la persistance des tensions autour du contrôle des richesses congolaises. Plus d’un siècle après la période coloniale, la maîtrise des ressources qu’elles soient physiques ou désormais numériques demeure au cœur des rapports de force entre la RDC et ses partenaires internationaux.
Jonas TSHIPADI



