Une justice pénale inaccessible pour les victimes de violences sexuelles
La magistrate congolaise Rebecca Bowao alerte sur l’inaccessibilité de la justice pour les victimes de violences sexuelles en RDC, alors que les conflits armés exacerbent ces crimes. Engagée dans la défense des droits humains, elle milite pour la création d’un Tribunal pénal international afin de juger ces exactions et lutter contre l’impunité persistante.

Alors que l’est de la République démocratique du Congo (RDC) est en proie à une recrudescence des conflits armés, les violences sexuelles se multiplient à un rythme alarmant. Selon la magistrate congolaise Rebecca Bowao, spécialiste des droits humains et engagée dans la lutte contre les violences basées sur le genre, l’accès à la justice pour les victimes demeure extrêmement limité.
« Contrairement aux autres crimes de guerre, les violences sexuelles restent souvent invisibles aux yeux de la justice », déplore-t-elle.
Malgré les nombreuses dénonciations et les rapports accablants des organisations internationales, les procédures judiciaires restent inefficaces et inaccessibles aux survivantes.
Un climat de violences aggravé par l’instabilité sécuritaire
Les affrontements récents dans l’est du pays ont aggravé une situation déjà critique. Selon le Bureau des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA), de nombreuses attaques ciblant les civils et les infrastructures essentielles ont été recensées ces dernières semaines. Les rebelles du M23, soutenus par l’armée rwandaise, contrôlent désormais Goma et Bukavu, les principales villes du Nord et du Sud-Kivu.Dans ce contexte, les violences contre les femmes se sont intensifiées. L’Agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a signalé près de 900 cas de viols en l’espace de deux semaines seulement, impliquant toutes les parties au conflit.
Un combat pour la reconnaissance et la répression des crimes sexuels
Rebecca Bowao a consacré sa carrière à documenter et analyser ces crimes de guerre. En mars 2024, elle a soutenu une thèse de doctorat portant sur les mécanismes de répression et de réparation des violences sexuelles en période de conflit, avec une étude approfondie des cas survenus en RDC depuis 1997.

Son objectif est clair : faire reconnaître ces crimes à leur juste gravité et garantir aux victimes un véritable accès à la justice.
« Les femmes et les jeunes filles sont les premières victimes des conflits en RDC. Elles méritent protection, justice et un avenir en paix », affirme-t-elle.
Pour répondre à cette urgence, Bowao a conçu un mécanisme innovant de prise en charge des victimes et travaille activement à la création d’un Tribunal pénal international pour la RDC. Une telle juridiction permettrait de juger les responsables de ces exactions et de lutter contre l’impunité systémique qui gangrène le pays.
Un appel à l’action pour un monde plus juste
Rebecca Bowao ne cesse de le marteler : « Lutter pour les droits des femmes, c’est bâtir une société plus juste et égalitaire. » Mais sans une volonté politique forte et un engagement international accru, les victimes continueront d’être réduites au silence.
L’enjeu est immense : protéger les survivantes, traduire les coupables en justice et briser le cycle de la violence.
Une mobilisation urgente s’impose pour que ces crimes ne restent plus impunis et que les victimes obtiennent enfin la reconnaissance et la réparation qu’elles méritent.