RDC : Un trio de médiateurs face à un dialogue ardu et un cessez-le-feu incertain
Un trio de médiateurs composé d'Uhuru Kenyatta, Olusegun Obasanjo et Hailemariam Desalegn a été désigné pour tenter de résoudre le conflit dans l'est de la RDC. Leur mission : harmoniser les efforts de l’EAC et de la SADC afin d'obtenir un cessez-le-feu et relancer le dialogue entre les parties prenantes. Toutefois, des divergences subsistent, notamment sur la question du M23 et du rôle des forces de maintien de la paix. La réussite de cette médiation dépendra de leur capacité à surmonter les blocages politiques et sécuritaires persistants.

La République démocratique du Congo (RDC) est de nouveau au centre d’une initiative diplomatique visant à mettre fin aux violences qui ravagent l’est du pays. Un trio d’anciens chefs d’État africains – Uhuru Kenyatta, Olusegun Obasanjo et Hailemariam Desalegn – a été désigné pour mener une médiation délicate entre les différentes parties impliquées dans le conflit. Ce choix, annoncé officiellement le 24 février, découle du sommet conjoint des chefs d’État de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) et de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) tenu à Dar es Salaam. Une initiative qui marque un tournant dans la gestion de la crise, passant d’un médiateur unique à une approche plus collégiale et diversifiée.
Une équipe aux compétences complémentaires
La désignation de ces trois figures politiques repose sur une volonté de conjuguer expérience, influence et expertise diplomatique. Uhuru Kenyatta, ancien président kényan, connaît déjà bien le dossier congolais, notamment grâce à son engagement dans le processus de Nairobi. Son rôle sera essentiel pour maintenir la continuité des discussions et entretenir le dialogue avec les groupes armés actifs dans l’est de la RDC.
À ses côtés, Olusegun Obasanjo, ancien président nigérian et figure influente sur la scène africaine, apporte une autorité morale et une expérience de médiation reconnue. À 87 ans, il reste un acteur clé dans la gestion des conflits sur le continent. Il avait déjà joué un rôle crucial en 2009 lors des négociations entre le gouvernement de Joseph Kabila et le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), un mouvement dont est issu le M23, l’un des groupes rebelles les plus actifs actuellement.
Enfin, Hailemariam Desalegn, ancien Premier ministre éthiopien et ex-président de l’Union africaine, apporte une approche méthodique et institutionnelle aux discussions. Son expertise analytique sera un atout pour structurer les négociations et poser les bases d’un accord durable.

Pour Olivier Nduhungirehe, ministre rwandais des Affaires étrangères, cette composition pourrait permettre une meilleure compréhension des racines du conflit et une médiation plus équilibrée, capable d’aboutir à une solution pérenne.
Un cadre de négociation encore flou
L’un des premiers défis du trio sera d’harmoniser les efforts de l’EAC et de la SADC pour obtenir un cessez-le-feu effectif. Une réunion ministérielle conjointe est prévue le 28 février afin d’élaborer une feuille de route commune, bien que des incertitudes persistent quant à sa tenue.
En amont, les ministres des Affaires étrangères et de la Défense des deux blocs régionaux se sont réunis le 24 février pour examiner les rapports des chefs d’état-major. Ces documents doivent orienter les discussions et définir les prochaines étapes du dialogue. Toutefois, une divergence de fond complique les négociations : alors que Kigali plaide pour un dialogue direct entre Kinshasa et le M23, le président congolais Félix Tshisekedi s’oppose fermement à cette option.
Le piège d’un nouveau départ à zéro
Un des risques majeurs pour les médiateurs est de perdre les avancées déjà obtenues dans les processus antérieurs. En novembre dernier, l’accord de Luanda avait établi un cadre opérationnel pour une désescalade progressive.

Remettre en question ce travail et repartir de zéro pourrait prolonger l’impasse et offrir un répit aux groupes armés, leur permettant de consolider leurs positions.Pendant ce temps, la situation sécuritaire reste critique. Le M23 et d’autres factions rebelles maintiennent leur emprise sur plusieurs localités stratégiques, notamment autour de Goma et Bukavu. Les populations civiles continuent de subir les conséquences du conflit, avec un nombre croissant de déplacés et une détérioration des conditions humanitaires.
Quelle force pour garantir la paix ?
Un point central des discussions concerne la force qui sera chargée de faire respecter un éventuel cessez-le-feu. Plusieurs options sont sur la table. Une force conjointe EAC-SADC est évoquée, bien que Kinshasa privilégie un rôle accru de son armée nationale. La Mission des Nations unies pour la stabilisation en RDC (Monusco) pourrait également être impliquée, bien que son efficacité soit régulièrement remise en question.
De son côté, la force de la SADC (SAMIDRC), récemment déployée, est perçue par Kigali comme une force belligérante plutôt qu’une mission de maintien de la paix. Pour le ministre rwandais des Affaires étrangères, une force de stabilisation plus neutre, à l’image de celle de l’Afrique de l’Est qui avait obtenu un cessez-le-feu temporaire en 2023, serait plus appropriée.
Un test pour la diplomatie africaine
Cette nouvelle initiative conjointe entre l’EAC et la SADC représente un défi majeur pour l’unité et l’efficacité des organisations régionales africaines. Le succès du trio Kenyatta-Obasanjo-Desalegn dépendra de leur capacité à coordonner les efforts diplomatiques et à convaincre les différents acteurs de s’engager dans un processus sincère de résolution du conflit.
La réunion ministérielle du 28 février s’annonce comme une étape décisive. Elle permettra de mesurer la viabilité de cette médiation et de voir si elle peut éviter les écueils qui ont condamné les tentatives précédentes. Mais une chose est certaine : sans un engagement réel de toutes les parties, la paix en RDC restera un mirage.